À la quête de l’ours

Cela fait longtemps que nous souhaitions rencontrer le seigneur des forêts d’Europe. Les dessins, sculptures et textes de Robert Hainard rencontré à Colmar lors d’une soirée dans les années 1980, où nous étions sous le charme du conteur et artiste suisse, nous y ont fortement motivés.

Les premières tentatives ont eu lieu il y a une quinzaine d’années avec un ami, Fernand K. Nous n’avions fait qu’une seule observation nocturne sur un mirador impressionnant avec un garde-chasse local.

La longue descente à pied du chemin forestier vers minuit, avec la compagnie proche de deux charmants plantigrades, soufflant et grognant bruyamment, restera gravée dans ma mémoire.

L’ours en France se fait discret, agriculteurs, chasseurs et apiculteurs ne l’aiment pas beaucoup. D’autres craignent de le rencontrer, il est vrai qu’il en impose notre Martin.

Les pays de l’Est ont une approche assez différente, l’ours fait partie de leur culture, il est bien accepté et les habitants vivent très bien avec lui, ainsi qu’avec les loups d’ailleurs.

En cherchant un peu j’ai trouvé une région richement peuplée, toute la faune d’Europe y est présente, cigogne noire, loutre, loup, chat forestier et surtout ours avec une densité impressionnante.

Notre arrivée avec Lettie et Vins s’est faite vers 23heures, ce qui n’a pas étonné outre mesure notre hôte, une demie heure plus tard nous étions à table et savourions une épaisse soupe aux fayots contenant crème, lardons, saucisses et fromages, un délice.

Après une très courte nuit nous traversons une belle forêt karstique et grimpons sur le premier poste. Les affûts à l’ours peuvent être très longs, six heures sans bouger, de l’aube à la nuit et tous les jours, mais c’est le prix à payer.

mais cela vaut vraiment la peine : quelques oiseaux communs chez nous sont en vedettes américaines, puis quand on y croit plus, quand vient le doute, il est là, sans prévenir, avec une discrétion qu’on n’attend pas de cet animal.

Quelle créature l’ours ! Il est à la fois vif, souple, léger, habile, puissant et discret, on ne s’attend pas à ça, ce n’est pas l’animal pataud et agressif qu’on décrit souvent.

Plusieurs contacts proches ont récompensé des dizaines d’heures d’affût. Après des nuits très courtes, les repas pantagruéliques de notre hôte nous ont fait apprécier l’hospitalité des pays de l’Est.

Une difficile approche en pleine forêt de la superbe chouette de l’Oural est un dernier cadeau après la violente tempête nocturne et les gros dégâts qui ont suivi.

Lors de ballades dans la rue, j’ai eu l’occasion de bavarder avec des ruraux et des citadins. Sans à priori, j’ai posé les questions qui fâchent chez nous : n’avez vous pas de conflits avec les ours et les habitants ? Et le bétail ? Et les loups ? “Non” me répondirent ces personnes un peu surprises et étonnées, les gens d’ici sont fiers et trouvent naturel de “posséder” quatre cents ours dans leur pays.

Une longue discussion avec un bûcheron qui courait souvent en forêt avec un superbe croisé husky/malamute a été très instructive. Les ours ? Me dit-il en souriant et sortant une clochette de sa besace, un simple tintement suffit à les éloigner me souffla-t-il, je n’ai jamais eu le moindre problème et m’entraine plusieurs fois par semaine, quant aux loups ? Oui il y en a, on les entend surtout en hiver, mais je n’en ai jamais rencontré, mais mon frère oui, ce fut pour lui un très beau moment.

Le plus surprenant est que le bétail en pâture n’est pas rare par ici et il y a bien des choses à méditer. Ce qui marche ailleurs devrait être duplicable chez nous, les autochtones tirent un revenu substantiel de cette nature sauvage, héberger des naturalistes, photographes, et même des chasseurs profite à tous.

Personnellement je n’aime pas la chasse du tout, tirer un ours est très cher mais possible, c’est une gestion maitrisée, et probablement un sacré trophée pour un chasseur, c’est parfois juste une question de dialogue, c’est “gagnant-gagnant” disait notre hôte.

Maintenant nous rêvons d’observer le loup et le lynx d’Europe, ce sera un des prochains voyages, après les jungles d’Amérique du Sud.

2 réflexions au sujet de « À la quête de l’ours »

  1. Merci Francis pour cette belle invitation au respect des animaux tant critiqués dans notre pays : pour moi, l’ours est exactement ce que tu décris : vif, agile mais aussi …. fin gastronome quand en Espagne, en septembre, il se délectait des arbouses et des noisettes. Je n’ai hélas jamais eu l’occasion de l’approcher ainsi, comme toi : un jour, dans les pays de l’Est, sûrement…..

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