Vosges sauvages

Il était une fois, il y a bien longtemps des montagnes sauvages dans l’Est.

C’était un temps ou la faune locale avait encore une grande place, quelques icônes de prestige nous faisaient rêver, et tout était encore possible.
Certe il fallait un peu de courage, se lever très tôt, grimper haut, être très patient et affronter les frimas d’un véritable hiver boréal pour les rencontres d’un autre âge.

Nos Vosges alsaciennes cachaient jalousement des hôtes peu connus, la chouette de Tengmalm, la chouette chevêchette, et le plus emblématique de tous, le Grand Coq de Bruyère ou Grand Tétras, et c’est bien lui qui me fascinait.
Après de longues recherches en bibliothèque ou j’épluchais méthodiquement d’anciens livres et récits de chasse en Alsace, je finis par découvrir des zones prometteuses, la longue prospection sur le terrain pouvait commencer. Elle finit par aboutir, après une longue marche dans des secteurs très pentus et accidentés, je me suis trouvé en présence de traces fraîches, une fin  d’après midi de décembre 1980.

Il ne fallut pas bien longtemps pour construire un affût de branchages bien à l’abri sous un vieux sapin déraciné par les tempêtes d’ouest, avec une belle vue sur une place de chant, il ne restait plus qu’à attendre avril.

J’ai retrouvé mon vieux carnet d’observation et vais reprendre les notes datées qui parlent de ces moments de rêve.

Rechercher les photos d’époque faites avec mon fidèle Canon FTB et les scanner ne m’a pris qu’un instant,  la qualité des images a bien changé depuis 1981, mais l’ambiance est bien là, et je revis avec émotion ces purs instants de nature.

 

17 avril 1981, départ de Colmar à 16h, arrivée 17h15 au lac pris par le gel, il est gardé par ses forteresses végétales sombres d’ou surgissent des torrents furieux.

De temps en temps une fée de glace danse un court moment, la magie opère! lutins et fées hantent cette forêt.

Une nuit par -10° passe vite, je suis “ailleurs”, ces moments prêtent au rêve! c’est le Grand Silence

Le lendemain matin les premières lueurs de l’aube dessinent des ombres pleines d’espoirs, soudain un cloc sonore, puis deux, puis le bruit de la faux qu’on aiguise, ce chant guttural, primitif nous plonge dans un passé lointain,

Les ombres noires dansent et chantent dans l’arène,

Un deuxième coq apparait, il traverse la place sans bruit, puis se branche, immobile et silencieux, la rousse(femelle) discrète et cachée le fixe, puis s’envole, le coq se retire doucement.

Les combattants se rapprochent puis s’éloignent, ils dansent et chantent, quel spectacle! c’est une symphonie sauvage !

L’un des chevaliers noirs s’approche doucement en paradant, il n’est qu’à quelques mètres de moi, il fait encore sombre, mais le 135/2.5mm et le fidèle FTB vont immortaliser la scène.

Un bruit fait vibrer l’air au dessus de l’affût, c’est encore un coq qui plonge dans l’arène, les coqs paradent toujours, les danses guerrières durent jusqu’a 9h du matin, puis un à un les tétras se retirent, il faut attendre encore, ne pas déranger ! je suis gelé mais mon coeur déborde de joie, après une dernière gorgée de thé je me glisse furtivement hors de mon abri.

La magie du lever de soleil dans la hêtraie sommitale opère. Je vais vivre ces instants pendant 4 jours d’affilée, toujours avec la même fièvre, 

Le retour en plaine, un hiver en Alsace !

JOYEUX NOËL A TOUS !

 

6 réflexions au sujet de « Vosges sauvages »

  1. Rares sont les alsaciens à avoir eu la chance de participer à une tel moment (monument) de Nature. Mais il est vrai que de tels instants se méritent…. Joyeuses fêtes à toute la famille HIRN

  2. Images et expérience rares qui témoignent une fois de plus d’une réelle passion pour la nature et la faune sauvage .
    Très belle année 2017 remplie d’autres belles images.

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